Jeunesse
Gut Drinhausen


Ludovicus Josephus Brüls est né le 15 avril 1803 à Gut Drinhausen (Goed Drinhausen), une ferme seigneuriale près du village d'Übach (aujourd'hui Übach-Palenberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne).
Le manoir se trouve à environ 17 km au nord d'Aix-la-Chapelle, sur ce qui constitue aujourd'hui la frontière germano-néerlandaise, à proximité du territoire belge. À l'époque de la naissance de Louis, Übach était un territoire français, rattaché au Département de la Roer sous le régime de Napoléon.
La mémoire familiale, consignée par Marie-Louise Hucklenbroich au XXe siècle, a décrit Drinhausen comme une grande ferme dont les terres l'entouraient de toutes parts, l'isolant, et à laquelle on accédait par une longue allée de chênes imposants.
Gut Drinhausen appartenait à l'abbaye de Thorn (Abdij van Thorn), un noble chapitre de chanoinesses fondé vers 975 et doté de vastes possessions dans toute la région de la Meuse. Le domaine apparaît pour la première fois comme propriété de l'abbaye dans une charte de 1235–36, qui consigne la concession par l'abbaye du hof van Drinhuizen à titre de tenure viagère. Pendant plus de six siècles, l'abbaye a exercé la seigneurie foncière sur Übach et loué le domaine à des fermiers résidents (villici), tout en en demeurant propriétaire. Cet arrangement n'a pris fin qu'avec la Révolution française, lorsque l'abbaye a été dissoute et ses terres vendues en 1798.
Les familles Brüls et Peltzer


Les parents de Louis, Peter Josef Brüls (1758–1833) et Maria Christina Peltzer (1770–1836), figurent dans les registres d'état civil comme Grondeigenaar et Grondeigenares, les termes néerlandais désignant le propriétaire foncier, une qualification qui reflète le rang social à cette époque. Peter Josef n'était pas un simple fermier : il avait exercé la fonction de Schepen (échevin) du banc d'Übach dès 1783, puis celle de secrétaire communal en 1794.
Entre 1797 et 1800, il était la partie la plus fréquemment mentionnée dans le répertoire notarial local, traitant des ventes, des hypothèques et des transactions immobilières dans toute la commune.
La famille Peltzer, la lignée maternelle de Louis, avait servi comme villici à Drinhausen pendant au moins trois générations, faisant office de régisseurs résidents des terres historiquement louées à l'abbaye de Thorn.
La famille Brüls a acquis la pleine propriété légale du domaine le 2 mars 1798, lorsque Peter Josef a acheté aux enchères publiques les biens confisqués de l'abbaye de Thorn. L'acte de vente décrit le bien comme une maison appelée Drynhuysen accompagnée d'environ 65 bonniers de terre, soit à peu près 50 à 65 hectares de terres agricoles.
Louis était le septième enfant de la famille, et le sixième à avoir survécu à la naissance. Il est né dans un foyer qui alliait une gestion fermière de longue date à la propriété nouvellement acquise de ce même domaine, achevant ainsi une ascension générationnelle du service à la possession. Cette continuité de statut à Gut Drinhausen contribue à expliquer le rayonnement régional de la famille et les ressources dont il a disposé pour son éducation et sa formation artistique ultérieures.
L'enfance de Louis a été assombrie par le deuil. Deux de ses frères, Joannes Petrus Brüls (1798–1811) et Henricus Josephus Brüls (1801–1811), sont morts tous deux en 1811, alors que Louis avait huit ans. Le monde, lui aussi, était en plein bouleversement : après la défaite de Napoléon, le congrès de Vienne a redessiné la carte de l'Europe, et la rive gauche du Rhin, dont Übach faisait partie, a été attribuée au royaume de Prusse.
L'Athénée de Maastricht

En 1818, alors que Louis avait quinze ans, il a été inscrit comme pensionnaire à l'Athénée de Maastricht, logeant à l'école plutôt que de faire chaque jour le trajet depuis Übach, à quelque 25–30 km de là.
Une cérémonie de remise de prix récompensant les résultats scolaires a eu lieu le 20 août 1818 à l'hôtel de ville de Maastricht, présidée par le bourgmestre Van Slype. Le gouverneur, des magistrats, le clergé et des autorités militaires y ont assisté aux côtés d'un nombreux public, ce qui en a fait un événement civique majeur plutôt qu'une simple cérémonie scolaire de routine.
Le groupe de condisciples de Louis à l'Athénée comptait des élèves promis à une belle renommée. Louis Brüls a remporté le deuxième prix de la classe de Sixième en version et thème latins (Version et thème). Il a été devancé pour la première place par André Van Hasselt, qui est devenu par la suite l'un des poètes et érudits belges les plus en vue du XIXe siècle. Un autre lauréat de la même classe, Théodore Weustenraad, est lui aussi devenu un poète belge reconnu.
Le régent de la classe était son frère aîné Jean-Joseph Brüls (1791–1864), qui occupait un poste d'enseignant à l'Athénée et y est devenu plus tard professeur. Cela a fait de la remise de prix de 1818 un moment familial remarquable : Louis recevant une distinction académique dans une classe enseignée par son propre frère. Louis s'est également classé deuxième dans la première division (supérieure) de la classe de dessin, derrière le lauréat Louis De Villers. C'est le plus ancien témoignage documenté de ses aptitudes artistiques : un prix académique officiel de dessin. Louis a vraisemblablement achevé ses études secondaires à l'Athénée de Maastricht aux alentours de 1819–1820.
Quelques années plus tôt, le roi Guillaume Ier du Royaume-Uni des Pays-Bas avait accordé le statut royal à l'Académie des beaux-arts d'Anvers. Sous la direction de Willem Jacob Herreyns (1743–1827), elle était reconnue comme la principale école d'art des Pays-Bas méridionaux. À dix-sept ans, Louis a quitté Maastricht pour Anvers afin d'y poursuivre sa formation à l'Académie. Ses années d'écolier étaient derrière lui ; sa vie d'artiste allait commencer.